Droits des personnes handicapées: la Belgique manque clairement d’ambition

2 Décembre 2016
Domaine d'action: Tous les domaines
Critère de discrimination: Handicap

Unia veut davantage de garanties pour les droits des personnes handicapées et lance une campagne à l’occasion du 10e anniversaire de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. « Il faut arrêter les promesses et l’immobilisme. La Belgique doit prendre des mesures concrètes et ambitieuses pour respecter ses obligations. »

La Belgique a ratifié la Convention des Nations Unies pour les droits des personnes handicapées en 2009. Depuis, Unia a été chargé du suivi de son application dans les trois Régions et les trois Communautés du pays, en toute indépendance. Le fil rouge qui traverse la Convention est l’étroite implication des personnes avec un handicap dans la promotion, la protection et le suivi de leurs droits : celui d’habiter où elles veulent, de travailler où elles le souhaitent, d’aller à l’école de leur choix, et pas celle qui veut bien d’elles, d’aimer qui elles veulent, de faire leurs propres choix. « Il est important que les personnes handicapées elles-mêmes soient conscientes de ces droits et se les approprient. C’est le message de notre campagne », explique Patrick Charlier, directeur d’Unia.

Pourtant, aujourd’hui encore, les personnes en situation de handicap sont trop souvent discriminées, mises à l'écart ou ignorées. « De nombreux obstacles les empêchent de participer activement et sur un pied d’égalité à la vie politique, économique, sociale et culturelle », estime Patrick Charlier, directeur d'Unia. « Les mentalités doivent changer. Notre modèle de société, axé sur la ‘normalité’, doit évoluer vers un modèle plus inclusif. La Belgique doit appliquer ce à quoi elle s’est engagée, mais elle manque clairement d'ambition à cet égard. »

Des dossiers de discrimination en hausse

Le nombre de dossiers ouverts par Unia en 2016 est clairement à la hausse par rapport à l’année précédente. Il devrait passer la barre des 500 dossiers, soit une augmentation d’environ 40%. Les domaines les plus problématiques sont les biens et services, l’emploi et l’enseignement.

Les biens et services

Si le domaine le plus représenté est celui des biens et services, c’est surtout en raison de problèmes d’accessibilité des transports, qui concernent 1 dossier sur 4.

Pour Patrick Charlier, la situation est préoccupante : « Sans transport accessible, les personnes handicapées ne peuvent pas, comme tout le monde, aller travailler, aller à l’école, s’amuser, etc. Planifier, réserver, embarquer, descendre, prendre une correspondance : tout est compliqué, cela reste un vrai parcours du combattant. Pourtant se déplacer est un prérequis essentiel à la participation pleine et entière à la vie en société. »

L’emploi 

En 2016, le nombre de dossiers ouverts dans le domaine de l’emploi devrait augmenter de plus de 50%. La plupart de ces dossiers ont été ouverts pour des problèmes rencontrés lors des procédures de recrutement, ou pour le refus d’aménagements raisonnables au sein de l’entreprise.

Le constat est sans appel: le taux d’emploi des personnes handicapées est très inférieur à celui des autres travailleurs: il était de 34,6% en 2011(1), soit 22 points de pourcentage en-dessous de la moyenne.

Pourtant, 81% des Belges(2) voient d'un œil positif le fait que des mesures spécifiques soient prises en faveur des personnes handicapées dans le domaine professionnel: application d’horaires adaptés, mise en œuvre de procédures spécifiques de recrutement, etc. Une opinion publique qui contraste avec la réalité : « Dans les faits, les mesures prises ne vont hélas pas dans ce sens. Bien trop peu de personnes avec un handicap aboutissent sur le marché de l’emploi régulier. Il est pour cela nécessaire d’investir davantage dans une politique de recrutement qui stimule la diversité et l’égalité des chances. »

L’enseignement

Unia est de plus en plus souvent sollicité au sujet de l’enseignement. La plupart des dossiers ouverts concernent le refus d’aménagements raisonnables ou le refus d’inscription d’un élève.

« Aujourd’hui, notre système d’enseignement est encore loin d’être inclusif », constate Patrick Charlier. « Des classes où les élèves avec ou sans handicap partagent les mêmes bancs d’écoles : voilà ce à quoi notre pays s’est engagé. Il faut pouvoir s’éloigner de l’opinion tenace selon laquelle un accompagnement spécialisé est automatiquement préférable pour un élève avec un handicap. Ce qu’il faut adapter, ce sont les objectifs pédagogiques pour ces enfants, afin qu’ils puissent apprendre à un autre rythme. »  

Les autorités n’utilisent pas les moyens disponibles pour évoluer vers un enseignement inclusif. « Le soutien des élèves handicapés dans l’enseignement ordinaire, mais aussi de leurs parents et des équipes pédagogiques, est par conséquent insuffisant », estime Patrick Charlier. 

Une campagne

Le message central de la campagne est « Défends tes Droits avec Unia ». Il s’adresse d’abord aux personnes en situation de handicap, qui sont confrontées à des difficultés : « Nous les invitons à faire appel à nous. Nous sommes à leur côté pour défendre leurs droits et mener toutes les actions nécessaires. Ces personnes doivent se faire entendre et nous voulons leur dire qu’elles ne sont pas seules dans le combat qu’elles mènent au quotidien ».

La campagne se décline en une vidéo, réalisée pour et par des personnes avec un handicap, ainsi que des dépliants et des affiches.